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2019/08/21

ANPOOL : signes de vie (ANPR)

Épisode 2. Pourvue d'un nouveau cœur tout de bleu luisant (dont Tony Stark/Iron Man est jaloux, nous dit-on), la vie coule à nouveau dans les artères d'ANPOOL :

Le cœur rénové d'ANPOOL
Une énergie nouvelle fait frétiller ses neurones. Et ANPOOL est plutôt bien cortiquée : deux hémisphères de trois téraoctets chacun, sans compter un téraoctet pour les fonctions basales :

ANPOOL : une mémoire neuve
Depuis quelques semaines, elle apprend les coulisses du système (ZFS*) et entame ses premières connections. Nous vous tiendrons câblés !

Épisode 1 : ANPOOL : une lueur secondaire pour ANPR

*ZFS est un système de fichiers 128 bits, avec des capacités de stockage théoriques 2^64 fois supérieures à celles des systèmes de fichiers 64 bits actuels. En pratique, pas de limites !  D'un point de vue plus pratique que théorique, les limitations de ZFS sont tellement grandes qu'elles ne pourront jamais être atteintes. D'où le "Z" de ZFS (pour "le dernier mot des File Systems"), car selon son concepteur Jeff Bonwick : « Vous ne pourriez pas remplir un espace de données 128 bits sans faire bouillir les océans. ». Point besoin de faire bouillir les océans pour un simple bouillon de culture.

2019/08/04

ANPOOL : une lueur secondaire pour ANPR

Épisode 1. Je vous présente ANPOOL : une vieille carcasse d'ordinateur, nettoyée de ses organes fatigués, en conservant le maximum de nerfs et de veines, d'os et de ligaments, dans une ambition d'économie circulaire et de développement "relativement" durable.
La vieille carcasse

Les entrailles
Nous verrons ensuite la lueur de son nouveau cœur, et les balbutiements de sa mémoire neuve. Avec Jean-Jacques, nous travaillons à l'héritage d'ANPR, un réseau d'amatrices et d'amateurs de radio, et une archive de podcasts radiophoniques.

Épisode 2 : ANPOOL : signes de vie (ANPR)

2016/02/06

ANPéRo le vendredi 19 février (adopte un book !)

C’est une librairie où se croisent tous les deux mois un certain nombre de co-listiers (une grosse dizaine, à À l'occasion se déroulent des ANPéRos. Un ANPéRo, c’est ANPR, plus l’apéro. Et aussi un peu d’électricité, pour faire tourner les disques durs, bourrés d’archives d’émissions, pour diffuser les musiques qui servent de génériques aux émissions et aux interludes de nuit à France Culture. C’est surtout une librairie.
Étagère à poison (description).
la louche) de fanatiques d'émissions de radio culturelles (la liste ANPR, à ne pas rater). 

Ses étagères replieront leurs ailes le 31 mars 2016. Alors, adopte un book ! (plutôt que céder à la facilité d'une micro-victoire à l'algorithme Amazon)  Il reste deux petits mois, et cela allégera les cartons du libraire. Et si vous venez de la part du blog de la librairie, une réduction vous est offerte, voir ici : http://librairie-entropie-paris.blogspot.fr/2016/01/50-pour-les-lecteurs-car-entropie-cest.htmlOn l’a dit, c’est au 198 boulevard Voltaire, Paris 11e, métro Charonne.

Et si vous voulez voir en vrai, dans la vraie vie, une fiole de liqueur de bavulve, il y aura un nouvel ANPéRo le vendredi 19 février, n’hésitez pas à passer, pour un livre, pour une heure, pour un verre, à partir de 18h, et jusqu’à assez tard (il n’est pas rare que l’animation continue après 22 h).

Envoi !

2014/08/30

ANPéRo : Place de la Toile (29/08/2014)

« Ici, on est des fans de radis... de la radio sans eau ! » (Laurent D.)

Les studios Pathé-Cinéma sont heureux de vous présenter leur dernière production, cinq heures de spectacle tout-public, avec de l'aventure, du charme, de l'émotion, de l'humour, du suspense... et John Wills au casting, pour une distribution de rêve dans un décor époustouflant :

















2014/07/14

ANPéRo : Du jour au lendemain (11/07/2014)

« N'ont-ils n'ont plus besoin d'être défendus ces livres un peu inventifs, au tirage modeste, ces livres qui ne font pas de bruit, sauf dans la vie intérieure des lecteurs ? » (Alain Veinstein, le 4 juillet 2014, pour sa dernière émission)

21ème jour d'été, paraît-il, mais le mercure au plus bas et une grisaille d'automne qui fait irrésistiblement songer au vers de Baudelaire : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l'esprit gémissant... Ouaip ! sale temps pour les mouches et les vieux dinosaures : exit Alain Veinstein ! Évincé, congédié, remercié, foutu à la porte à coups de pied au cul ! C'est brutal et ça fait mal.

Alors quoi, trop vieux, le Veinsteinosaurus ? Bah, pas plus qu'un Jeanneney ou qu'un Levillain, deux septuagénaires au cuir endurci ; pas plus sénile non plus qu'une Michelle Perrot, 86 ans, doyenne de France Culture depuis la disparition de l'antédiluvien et chevrotant Jacques Le Goff. Sans compter les soixantenaires bien sonnés que sont Laure Adler, Jean Lebrun, Colette Fellous, Goémé, Couturier, Finkielkraut... tous restés sans réaction à l'annonce de la mise au rebut du grand frère : c'est égoïste et c'est lâche, ça fait mal.

Alors quoi, trop cher, Du jour au Lendemain ? Une table, deux chaises, un micro HF et cinq ou six salaires pour 35 minutes d'antenne quotidienne : l'argument financier est aussi peu crédible qu'un ancien président affirmant, les yeux dans les yeux mais la main dans le sac, sa plus totale honnêteté. LOL et re-LOL ! Me semble qu'OPDA pouvait très bien rogner ailleurs que sur DJAL : c'est un choix, pas une obligation. Et donc raison d'économie, nenni, mais démago-gogo... et ça fait mal-mal-mal.

Finis les tête-à-tête d'une demi-heure entre Veinstein et ses invités dans l'ambiance feutrée du studio 133... finis les entretiens de minuit où l'on préférait freiner plutôt qu'accélérer et parler plutôt que bavarder... plus jamais sur les ondes ces voix venues d'ailleurs... et cependant si humaines... mais sans doute encore un peu trop ? Bref, elles appartiennent désormais au passé, toutes ces voix du tréfond, au passé et à l'histoire, tout comme les grottes de Lascaux, les toiles de Vélasquez, aussi l'MS-DOS et les disquettes 5"... souvenirs de jeunesse.
Du jour au lendemain s'achève donc avant-hier, mais nous laisse un stock de plusieurs milliers d'émissions que l'on pourra toujours, grâce à la technique, réécouter à loisir, ne nous plaignons pas. Alain Veinstein est parti sur un dernier enregistrement d'homme blessé ou d'enfant puni, c'est pareil. Il nous a quitté en des adieux pathétiques, aux accents parfois exagérément dramatiques et c'est là le hic : il a raté sa sortie. Au fond, je lui en veux surtout pour ce qu'il n'a pas dit et ce qu'il n'a pas fait : ne pas avoir su se montrer plus grand que l'homme qui l'a si lamentablement lourdé, et ne pas avoir relativisé son sort eu égard à d'autres que lui, des précaires eux aussi, mais en beaucoup moins bien lotis — d'autant qu'il est à parier qu'on retrouvera le sieur Veinstein à l'antenne, et probablement avant l'été prochain...

Et l'anpéro dans tout ça ? SU-PER ! comme d'hab'. D'abord le lieu : une librairie si anachronique qu'elle semble elle aussi appartenir davantage au passé qu'à l'avenir. Ensuite sa faune et sa flore, pas très fraîches elles non plus. Faut dire qu'avec une moyenne d'âge frisant la cinquantaine, les anpéristes de l'Entropie ont tous de la bouteille, pardon : de l'ex-pé-rien-ce. Notons par ailleurs qu'un rapide examen clinique effectué sur quelques spécimens attrapés au filet nous révèle :

1) qu'ils deviennent de plus en plus sensibles au froid et à l'humidité, mais ne s'en plaignent jamais.
2) qu'ils ne surveillent ni leur cholestérol, ni leur glycémie, ni leurs transaminases, ni leur etcétera...
3) que leurs facultés mentales sont encore largement supérieures à la moyenne nationale et qu'ils sont toujours très pêchus malgré leur âge avancé.

En conclusion de quoi, la disparition de l'espèce, pour menacée qu'elle soit, n'est pas encore au programme. Et c'est tant mieux ! Parce qu'on a vu à nouveau l'autre soir des mecs épatants et des nanas charmantes : un gargotier, endetté jusque-là, s'étrangler presque de joie à la lecture d'un recommandé qui lui sauvait la mise ; un couple si parfaitement accordé qu'on avait le coeur joyeux rien qu'à les regarder s'aimer ; un moto-guzziste se trancher stoïquement l'index en croyant découper du comté au canif ; un enfant prodigue fêté comme Ulysse de retour à Ithaque après un long voyage... ... ... ... ... 
Oui, on a vu la vie s'écouler en paroles, puis fleurir en chansons et feux d'artifice au milieu d'un milliard de rires :



DU JOUR AU LENDEMAIN

- Vous l'avez écouté la dernière de Veinstein, celle où il fait sa petite conférence ?
- Deux fois !
- Je n'ai pas rêvé, il a bien annoncé sa mort ? Il a bien dit que son éviction allait le tuer ?
- Non, c'est pas ça, il dit : "Je dois renoncer à ce qui a tellement compter pour moi...  que j'ai fini par l'identifier à ma vie".
- Ah ? N'empêche qu'il émane de cette demi-heure d'antenne un petit air mortifère... lugubre... effrayant, quoi !
- C'est parce qu'il en avait gros sur le cœur...
- Quelqu'un a écrit sur un blog que ce n'était pas pareil de l'écouter dans le silence de la nuit et de l'écouter en plein jour, avec le bruit ambiant...
- C'est tellement vrai !
- Le plus intéressant c'est lorsqu'il parle de son art de conduire l'interview, tout en dressant le bilan de 29 années de bons et loyaux services.
- Moi j'ai trouvé qu'il se penchait un peu trop sur lui-même, se racontant en long et en large durant 35 minutes sur un ton à faire pleurer les pierres, c'était beaucoup trop long.
- Il y a même un passage où il parle de choses qui grésillent en sortant de sa bouche, des colonies de fourmis, je crois, c'est assez spécial, oui, oui, j'insiste, Veinstein a parfois un côté Jérôme Bosch un peu terrifiant.
- Heureusement que c'est entrecoupé d'intermèdes musicaux !
- C'est vrai que le mixage était vachement bien fait...
- J'ouvre une nouvelle bouteille ? Monsieur prendra un verre de vin ?



GRANDS ECRIVAINS, GRANDES CONFERENCES

ELLE : C't'aprème j'étais à la maison et j'ai écouté France Cul' en direct-live : les "fâmeuses" grandes conférences des années 50...
LUI : Bien, très bien !
ELLE : Mais c'est affreux ! Oh là là ! En fait, c'est une mentalité de curetons appliquée à la littérature, où celle-ci n'est qu'un prétexte pour donner des leçons de morale avec une psychologie à la con ! Quand on entend ces vieux mandarins ratiocinants et chiants comme la pluie, eh bien on comprend pourquoi les mecs ont fait mai 68...
LUI : Moi, quand j'ai commencé à écouter l'émission de mardi, je me suis d'abord dit : ils ont pris les plus tartignoles et les plus nuls. Mais au bout de 10 minutes je trouvais ça franchement génial. Ah ouiche ! l'émission de mardi elle était vraiment chouette, mais alors avec un ton, un  style, ma pôvre...
ELLE : C'était sur quoi ?
LUI : Je m'souviens plus très bien, mais c'était un grand sujet, peut-être Proust ou quelque chose comme ça... peut-être la Bruyère... ou La Rochefoucauld...
LUI (un autre) : Celle d'hier n'était pas mal non plus. D'abord Louis Jouvet : une belle conférence d'1/2 heure sur le théâtre. Et ensuite : L'art du comédien, par Madame Simone, et là ça vaut vraiment le coup d'écouter ! Surtout la petite séquence où la prof corrige les intonations de l'élève sur la scène 4 des Précieuses Ridicules...



2014/06/07

ANPéRo : Masse critique (30/05/2014)

« On critique souvent ce qu'on n'aime pas... parce que ça a pris la place de ce qu'on aime »

Épuisé mais ravi, harassé mais comblé... ce qu'il se disait in petto après sept heures passées dans un bain de culture in vino. Et donc bien content de poser enfin son cul dans sa caisse, finissant-là sa nuit à l'heure où... mi-fa-mi ré-do-ré, cinq accords de piano et une trompette qui soupire sur un frou-frou de cymbales... à l'heure où Garbit entamait la sienne avec une miss Vera Lynn d'humeur toujours aussi amoureuse : 1h30 du matin, l'auto-radio crachotait sur 93,5FM et le conducteur rêvassait arrêté au feu rouge. Bientôt il traverserait Clignancourt avant d'enquiller l'A15 direction la banlieue, ses dortoirs insalubres, ses minimas sociaux, ses zones de non-droit... cependant qu'ici, place de la République, aux terrasses de café bondées malgré l'heure tardive, des jeunes gens plutôt bien sapés refaisaient le monde en s'enfilant des mousses à 6 euros la pinte. Contraste encore, un peu plus tôt, à la librairie l'Entropie où s'étaient réunis pour un nouvel apéro des individus venant d'horizons somme toute assez différents, mais tous épris d'art et de culture, appréciant la bonne chère, les bons vins, les bons mots :
   - Bonjour !
   - Enchanté !
   - Comment va ?
   - Des hauts et des bas...
   - Eh ben v'là un p'tit r'montant !
   - Du Jurançon ?
   - De l'AOC !!!
L'ambiance avait été comme d'habitude un peu bohème, à la bonne franquette, et l'espace si confiné que les plus improbables des couples s'étaient rapidement formé de-ci de-là : au coude-à-coude ce soir-là le biker tatoué et la quadra BCBG, le vieux prof à la retraite et l'ancien des Baumettes, l'ermite du Val d'Oise et l'anar de Montreuil... Combien étaient-ils ? Oh, pas aussi nombreux que pour un concert des Stones ou une bénédiction papale, c'est sûr, mais suffisamment quand même pour qu'un observateur attitré ne sache plus trop où donner des yeux et accorder des oreilles. Ici on causait cinéma, science et littérature, là on alignait les calembours et les contrepèteries tout en convertissant des terabytes en pétaoctets, et partout on évoquait France Culture, tantôt pour l'encenser, tantôt pour casser du sucre, c'est plus rigolo :

LES MATINS DE FRANCE CULTURE

Elle : Marc Voinchet c'est drôlement pratique : il fait l'horloge parlante !
Lui : Il est 6h46 et nous fêtons aujourd'hui les Jean-Louis...
Elle : Mais c'est vachement pratique, si, si ! Parce qu'un matin j'ai mis France Musique : un concerto de Chopin, très doux, très calme, très beau... eh bien je me suis rendormie.
Lui : Et puis, avec Marc Voinchet, ceux qui ont des enfants savent si c'est l'heure de faire chauffer les biberons ou bien de changer les couches.




LE GAI SAVOIR
LES NOUVEAUX CHEMINS DE LA CONNAISSANCE

Elle : Je dois dire qu'Adèle est beaucoup moins bien que Raphaël dans les Nouveaux Chemins de la Connaissance...
Lui : Venant de toi le contraire m'eut surpris.
Elle : Outre qu'il est plus efficace et plus précis, il a une telle culture littéraire qu'il est capable de vous citer les Fleurs du Mal quasiment en entier...
Lui : Et écoutes-tu le Gai Savoir, le dimanche après-midi ?
Elle : Parfois, oui, quand j'ai du ménage à faire...
Lui : Enthoven y fait un numéro absolument hallucinant avec la pisseuse qui l'accompagne...
Elle : Paola-machin-chose ? Ça fait vingt ans qu'elle est en khâgne, elle va redoubler jusqu'à quand ?



LES PIEDS SUR TERRE

A : J'ai écouté aujourd'hui les Pieds sur Terre, une rediffusion de 2012, avec Sonia Kronlund : Il faut diiiire que dans cette viiiille le Front National a connu un record de 40,3%.... Soit ! Seulement, cette bonne femme, qui est soi-disant journaliste de terrain et d'investigation, n'a même pas été foutue de retourner dans cette ville depuis 2012. Moi je les aime bien ses petits reportages, mais ce qui est vraiment insupportable c'est la musique de fond digne des Feux de l'Amour censée t'amener vers la compassion ou la détestation, sans parler de cette morale à deux balles qu'elle te sert en début et en fin d'émission...
B : Si on prend l'émission dans son projet idéologique, elle est en effet méprisable mais...
A : C'est peu de le dire !
B : ... mais il y a un tel travail, et une telle captation de la réalité, qu'elle sera toujours intéressante et même estimable malgré ses défauts. Si on va poser ses micros en banlieue avec une idée déjà dans la tête et qu'on fait son montage toujours dans le même sens, eh bien il y a un moment où on ne se renouvelle plus.
C : Humm... excusez-moi de vous interrompre, mais vous relevez uniquement ce qui est mauvais ?
B : Oui, oui, ça fait partie du travail, j'insiste là-dessus.
C : Alors, pardon d'être vulgaire, mais moi j'ai surtout envie d'aimer et de dire que j'aime !
A : Je suis d'accord ! Moi aussi je préfère défendre ce que j'aime, mais Brice Couturier, par exemple, je ne le supporte plus non plus, ce type qui donne des leçons sur tout et n'importe quoi, qui nous délivre ses avis avisés et euhhh... lumineux, ouhlala !



LA CHANSON FRANÇAISE

- Anecdote de collectionneur : "Comment ? Vous vouliez les Tino Rossi de chez Columbia année 1933 ? Oh, quel malheur, on en a fait des semelles la semaine dernière !"
- Ah ben Tino Rossi, c'est bien le seul truc que je n'ai jamais collectionné.
- Mais c'est très bien Tino Rossi !
- Ah bon ?
- Ah ouiche ! Un vrai crooner d'avant-guerre, avec beaucoup de charme !
- Eh bien, si tu veux des titres en 78 tours, je te les trouve.
- Ah, je vois, monsieur est un Averty averti !
- Moi, Tino Rossi, JE NE PEUX PAS ! Déjà enfant j'avais une dent contre lui...
- C'est parce que tu l'as vu vieux, quand il chantait Petit Papa Noël...
- Non, non, c'est comme Claude François, je me souviens de la joie secrète qui m'a envahie lorsque, encore gamine, j'ai entendu à la radio : "Claude François est mort dans sa baignoire..."
- Faut pas ! Chez la plupart des artistes de variété, même les plus caricaturaux, on peut trouver quelque chose qui transcende leur médiocrité. Chez Claude François, il y avait une énergie extraordinaire...
- Et alors ?
- Alors c'est une énergie qui est positive, saine, agréable...
- Savez-vous que le jour où Claude François est mort, c'était un jour d'élection ?
- Un jour d'érection ?
- Un jour d'é-LEC-tion, j'ai dit ! Et Libé avait titré : "Claude François a volté !"
- C'est honteux !
- Oui... mais ça ne se rate pas !
- Moi je me souviens qu'on disait dans le lycée où j'étais qu'il écoutait à la radio la chanson de Joe Dassin : "Tu me fais de l'électricité".
- Joe Dassin !!! Voilà bien quelqu'un chez qui la qualité tu peux la chercher longtemps.
- Tu as tort ! Dassin a produit quelques morceaux merveilleux. Par exemple, son adaptation de l'Ode à Billie Joe !
- Absolument ! Et aussi Katie Cruel, très très bien !
- Mais à côté de ça : les Dalton, les Petits pains au chocolat...
- N'empêche qu'il avait un doctorat d'ethnologie ayant pour thème la musique folklorique...
- C'est vrai ?
- Absolument ! Un doctorat passé à l'université du Michigan au début des années soixante.
- Et puis il ne faut pas oublier qu'il était le fils d'un immense artiste et qu'il a poussé dans un univers qui n'était pas nul...
- Sa mère n'était pas mal non plus...
- Ah bon ! Qui diable était sa mère ?
- Il y aurait donc une chose que tu ne sais pas ? C'était la comédienne et femme politique grecque Mélina Mercouri, épouse de Jules Dassin, réalisateur de Topkapi, Jamais le dimanche, Les Forbans de la nuit...
- Ah ben merde ! Il y a vraiment de la culture fulgurante dans cette librairie !
- Sachez que les auditeurs de France-Culture sont tout à fait capables de vous pondre une thèse sur la famille Dassin !

2014/06/01

ANPéRo : Tout un monde**** (30/05/2014)


Pour le karaoké
Je suis rentré avec Vincent
Au comptoir on s'est accoudé
Il m'a servi un verre de blanc
Et aussi une clope roulée
Comme c'était la fin du printemps
D'un coup il s'est mis à chanter


[Refrain] :
Oh les livres, oh les livres
Quand tu rajoutes la radio
Et la liste, et la liste
Moi je les aime trop

Il est sorti avec Stéphane
Qui donne dans la bande-dessinée
Il est sorti avec Bruno
Qui rêve d'ordre et de progrès*
Il  est sorti avec Laurent
De politique faut pas parler

[Refrain] :
Oh les livres, oh les livres
Quand tu rajoutes la radio
Et la liste, et la liste
Moi je les aime trop

Il est sorti d'la librairie
Il  est sorti avec Henry
Il  est sorti avec Rémy
Il  est sorti avec Aur'lie

[Le pont]

Il  est sorti avec Jean-Jean
La canne raide comme un âne** arqué***
Il  est sorti avec Jean-Jacques
Qui n'aime ni Mac ni les PC
Il  est sorti avec Karine
Qui le dépasse d'au moins un pied
Il  est sorti avec Jean-Noël
Là il faudrait ôter ce pied
Il  est sorti avec Daniel
 J'avoue que j'ai plus trop d'idées

[Refrain] :
Oh c'est libre oh c'est libre
Même sans être trop culturo
Tout l'monde vibre, tout l'monde vibre,
Pour le prochain ANPéRo

Et les filles, et les filles
Y en avait deux à l'ANPéRo,
Et les filles, et les filles,
Vous ne serez jamais de trop

[* une version initiale plus grivoise donnait : "qui voudrait bien se faire bréser", mais la censure veille]
[** attention, l'âne est multiple]
[*** archées***** : organismes originels (témoins d'un monde passé) et extrêmophiles]
[**** Tout un monde, de France Culture, de générique Hadouk Trio et Didier Malherbe, Babbalanja]
[*****  aucun rapport avec la commune de Lalanne-Arqué dans le Gers]


Par le taulier, plus sur Au bonheur des dames : Tout droit venu de ces eaux-là (26 ans, déjà…)

2014/03/30

ANPéRo : A voix nue (28/03/2014)


«  I n    g i r u m    i m u s    n o c t e    e t    c o n s u m i m u r    i g n i  »

De taille modeste, les cheveux ras, le visage rond et juvénile parfois secoué d'un tic nerveux, Guillermo ressemblait trait pour trait à l'idée que l'on se fait d'un intellectuel de gauche abonné à Libération. Quiconque le croisait dans la rue le prenait volontiers pour un professeur de lettres ou d'histoire, ce qu'il n'était pas, à son grand désarroi. Sa profession ? Journaliste. Après avoir passé dix ans à la rubrique "chiens-écrasés" d'une gazette provinciale, Guillermo était monté à Paris dans l'espoir d'y faire fortune et d'y trouver la gloire. Jeune homme ambitieux, il se rêvait alors chroniqueur au Nouvel-Obs, ou équivalent, mais n'aurait jamais imaginé se retrouver douze ans plus tard faisant des piges au Figaro-Madame, où il pissait de la copie pour un salaire de misère.
- Vraiment, tu ne remarque rien ? demanda-t-il à Vicente.
Assis derrière le comptoir de sa librairie, Vicente scruta une nouvelle fois l'allure de son compère, sans rien y déceler d'anormal et encore moins de remarquable, si ce n'est l'anorak d'un mauvais goût certain qu'il portait ce jour-là et qui non seulement le boudinait façon paupiette, mais était d'une couleur marronasse un peu nauséeuse.
- Alors, rien de rien ? insista la paupiette.
- Ton nouvel anorak ? répondit Vicente, le cœur au bord des lèvres.
- Pfff... souffla Guillermo. J'ai rasé mon bouc et personne pour s'en apercevoir, ni un vieux copain comme toi, ni même ma propre mère. A croire que je suis devenu pour tout le monde complètement transparent, que je ne suis plus qu'une image éthérée, sans contour et sans consistance (et comme pour se prouver à lui-même qu'il avait raison, Guillermo se palpait le corps de bas en haut, puis sa voix enfla soudain jusqu'à devenir un cri) Ah ! je suis en voie d'extinction, je m'efface, me dissous, disparais... je suis... je suis... aaah, je ne suis déjà plus rien !
Vicente regardait Guillermo avec bonhomie. Il connaissait suffisamment son ami pour savoir à quel point son amour des mots et son goût du théâtre le conduisaient parfois à l'exagération, mais il savait également que derrière cette emphase se dissimulait un sentiment d'échec bien réel. Aussi est-ce en psychologue nourri aux œuvres de Gustav & Sigmund qu'il lui répliqua :
- Pour quelqu'un qui prétendument n'est plus, je trouve que tu l'ouvres encore bien fort. Je dirais donc que tu mets en scène ta pseudo-disparition à seule fin d'occuper l'espace et accaparer ainsi toute mon attention...
Puis, désignant d'un mouvement circulaire de la main les rayonnages de sa librairie, il ajouta :
- Les livres, Guillermo, ou plutôt la culture, voilà l'espèce réellement menacée ! Regarde autour de toi : Erasme, Voltaire, Goethe, Hugo, Camus, six siècles d'humanité pensante... aujourd'hui remplacée par des Musso, des Levy et des Gavalda en veux-tu en-voilà ! Plus de 50 millions d'exemplaires vendus à eux trois ! Et des adaptations au ciné, en BD, des blogs et des forums à travers le monde entier...
- Oui-da, opina Guillermo, c'est l'abêtissement généralisé, la pensée sous-vide, la dictature marchande et la culture de masse...
- L'ère du tout-numérique, du jetable et du zapping à tout-va...
- Le triomphe annoncé de la Société du Spectacle...
- Et donc, par voie de conséquence, la mort du p'tit libraire !
Ils se turent tous les deux, avec un même sourire de dépit vissé au coin de la bouche.
Du fond de la boutique, João da Setubal, silencieux jusque-là mais jugeant sans doute le moment propice à une intervention, lança alors aux deux autres acolytes :
- On peut être situ et pas sectaire, figurez-vous.
Puis il replongea derechef son museau dans les œuvres complètes de Ludwig Wittgenstein, mâchant et remâchant le Tractatus tout en fumant des Gitanes. Quand il releva à nouveau la tête, la salle était pleine et bruyante. Il y avait là, outre Vicente et Guillermo, le discret Jeremías, le maladroit Henrique, les deux Lourenço et le grand Estêvão, l'équipe au complet, laquelle dissertait de choses et d'autres aux quatre coins de la boutique, se découvrant et s'appréciant toujours un peu plus dans un climat de partage, de chaleur humaine et de fraternelle amitié, soit précisément ce que chacun d'entre-eux était venu chercher ici, par cette soirée printanière encore un peu fraîche.

2013/12/01

ANPéRo : Les Nuits de France Culture (29/11/2013)

J'ai connu des toxicos et côtoyé quantité d'alcoolos, mais des culturo-dépendants comme j'en ai vu avant-hier, ah pardon, ça c'est quelque chose ! Presque pire que l'accro à la coke, le mordu de France-Culture a des montées plus qu'époustouflantes : vertigineuses ! Y peut t'escalader des Himalayas sans les mains, puis redescendre en BASE-jump et repartir ensuite au sommet comme un rien. Oui madame, j'ai vu de mes yeux vus ces grands désaxés tenir en équilibre sur un fil tendu entre l'Inde et la Chine à plus de 20000 pieds d'altitude... puis se précipiter dans le vide, planant et glatissant, zinzinulant et tridulant, même qu'on aurait dit des z'oiseaux. J'exagère ? J'hallucine ? Alors j'ai du le rêver aussi, cet espèce de narco-trafic digne d'un Cartel colombien auquel j'ai pourtant cru assisté : l'air goguenard de Pablo Escobar refilant sous le manteau une came de première qualité, et la mine épanouie des uns et des autres tandis qu'ils s'envoyaient dans les veines de l'mp3, du FLAC ou bien de l'ogg-Vorbis en couinant de petits cris orgastiques à rameuter les passants : aaah, Heidegger... Oooh ! Cortázar... Tous à fond dans leur trip quand déboula soudain, venant de Montreuil, un vieil énergumène au pardessus rapiécé, une barbe à la Bakounine et le verbe haut d'un habitué des tribunes :
  - Bien le bonsoir, les aminches, je me nomme Jeanjean ! fit-il en pénétrant dans la pièce comme s'il entrait en scène.
  - Bonsoir Jeanjean !
Salutations d'usage, puis, cordialité proverbiale, on lui versa un verre de blanc-cass' qu'il porta aussitôt à ses lèvres :
  - Palsambleu, voilà qui vous réchauffe un homme !
Parole qu'il ponctua d'un clin d'œil entendu et déjà complice. Suite à quoi il nous expliqua avoir traversé Paris par monts et par vaux sur son vélocipède, afin de festoyer avec nous, s'ébaudir et faire ripaille de bons mots... pour reprendre les termes de cet olibrius, curieux mélange d'Ivan Karamazov et Stavroguine, d'Etienne Lantier et Jean Valjean, créature improbable et dictionnaire ambulant.
Voilà, c'était avant-hier soir, au centre d'addictologie du boulevard Voltaire, Paris 11ème, dans une petite salle de shoot coincée entre un Naturalia et la Brasserie des Copains. Me croira qui veut. Pas impossible que j'élucubre un peu, et même que j'aie rêvé tout ça, y compris cette dernière apostrophe lancée à l'heure des adieux :
  - Hey, Stéphane ! T'oublies ta bouteille de cassis !

2013/11/16

ANPéRo : entropie d'automne

Des moments surréalistes et pas tristes en colonie pénitentiaire
ATTENTION : REPORT D'UNE SEMAINE. Le prochain ANPéRo à la librairie Entropie est programmé pour le vendredi 29 novembre 22 novembre 2013. Attention, cette date est suspendue au climat. En cas de météo inclémente, il pourrait être déplu au vendredi suivant. Au mieux, vous le saurez ici. Au pire, vous irez au rendez-vous découvrir... des livres. Et vous reviendrez le vendredi suivant. 

Quelques précisions : 
Le mélange des deux ? A partir de 18h00-18h30 (vendredi 29 novembre), vous venez avec quelques liquides et solides à partager (ou pas), le tenancier offre tables, lumière et accueil. Et les ANPéRistes passent. Et ne se ressemblent pas. Jusqu'au bout de la nuit, où les chats sont gris. Pour savoir à quoi ils ressemblent avant, vous pouvez revoir les épisodes précédents : 
Pour savoir à quoi ils ressemblent pendant, venez. On y entend de la musique, de Marc Ogeret à des florilèges de génériques franceculturels. A la dernière, il y avait Kultur Pop 2013.17 :
  1. Le bien commun (Antoine Garapon) : L'orchestre de contrebasses, Bon voyage (Bass, Bass, Bass, Bass, Bass & Bass, 1993)
  2. Talmudiques (Marc-Alain Ouaknin) :Avishai Cohen et Nitai Hershkovits, Criss Cross (de Thelonious Monk) (Duende, 2012) [et une version de Criss Cross par Thelonious Monk, allons allons]
  3. Interlude : Franz Schubert, Piano Trio in E-Flat Op. 100 pour la bande originale de Barry Lyndon (Stanley Kubrick)
  4. Interlude : Clint Mansell et le Kronos Quartet, Requiem for a dream, main theme (bande originale du film, 2000)
  5. Interlude (journée) : Encre, Hassan (Flux, 2004)
  6. La grande table, 2e partie : Jun Miyake, Lilies in the Valley (bande originale du film Pina, de Wim Wenders, 2011)
  7. L'éloge du savoir : Christof Déjean, The passenger (Electronic Nostalgia, 2006)
  8. Terre à terre (Ruth Stégassi) : Bushman [Dwight Duncan], Black Sun (Bushman, 1996)
  9. Tire ta langue (Antoine Perraud, le tout début) : Dominique Petitgand, Le bout de la langue (Le bout de la langue, 2006)
Vendredi prochain, ou l'autre, il y aura Kultur Pop 18. Avec probablement les génériques de 20 ans et des poussières (Asaf Avidan), du Cabinet de curiosité (Marc-Olivier Dupin), de la chronique animalière de Continent Science (Amon Taubin), des interludes de nuits, dont le remix par Mogwai d'Acadian, de Link. What else?

Apéritif :
  1. (Désuet) Qui a la vertu d’ouvrir, et plus particulièrement, qui désengorge, qui ouvre les voies d’élimination.
  2. Qui provoque l’appétit.
  3. (Plus rare) Relatif au rite de dégustation d'une boisson avant le repas. "Une librairie apéritive"

2013/10/13

oRéPNA (3102 erbotco 11)

L'ANP[é]Ro on en est revenu les mains pleines, les oreilles farcies et la tête à l'envers, à ne plus savoir sa gauche de sa droite. Y avait Tom à la guitare, Phil à la kéna et Guillaume au crachoir, un sacré bavard ! Y avait les habitués et les intermittents, des tronches connues et d'autres qu'on découvre, ceux qui disent qui viennent et qui le font, et ceux qui vous posent un lapin ! Y avait de quoi boire et de quoi manger, du salé, du sucré, du blanc et du rosé, au moins cinq ou six litres, de quoi nous réchauffer, parce qu'il faisait bigrement froid, j'en grelotte encore. Et puis y avait aussi Jacouille-la-Fripouille, un bonhomme attachant avec lequel j'ai fouillé les rayons de l'Entropie à la recherche de bandes-dessinées (Warnauts & Raives, Sylvain Vallée, Gibrat, etc), quatre BD que nous avons déniché ensemble, là, au 198 du boulevard Voltaire, et qui s'apprêtent à présent à prendre l'avion à destination de São-Paulo... Nous leur souhaitons un bon voyage et nous remercions ici Vincent avec lequel je me suis fini aux Bounty... sur un p'tit goût de Paradis.