2013/09/01

Swordsmen : de sabres et de papier

Wu Xian (Dragon/Swordsmen) : affiche du film
C'est une histoire de deux mondes qui se rencontrent en 1917, dans une Chine en transition. De la confluence de deux courants, comme dans le diagramme du yīnyáng. Une Chine traditionnelle, rurale, magique, allez, je risque le mot : taoïste. Et une Chine plus  moderne, urbaine, rationnelle, et tirant sur le confucianisme (une brève comparaison entre taoïsme et confucianisme en français, et en anglais). Le film Swordsmen (2011, Peter Chan) est aussi appelé Dragon. Le titre original « Wu xia » (littéralement chevalier-errant, semble-t’il) renvoie à un genre littéraire montrant des spécialistes en arts martiaux parcourant la Chine ancienne pour rendre la justice. Oui, un peu comme le David Carradine de Kung-Fu. Genre étendu à la bande dessinée, au film (Wu Xia Pian).

Titres tous trompeurs, pouvant éloigner les xanthophobes et les amis de Green Lantern. Il aurait pu être un simple et talentueux film d'arts martiaux, c'est un peu moins que ça, il n'y a guerre que trois scènes de bataille. C'est nettement plus, car le film se double d'une comédie dramatique, avec un homme voulant refaire sa vie en paix, et d'un policier, avec des méthodes d’enquête (et de réalisation filmique) oscillant entre Le Nom de la Rose et les tribulations des Experts à Hong-Kong.

Le personnage central de l'affiche est Liu Jinxi, paisible ouvrier dans un petit village tranquille. Il vient d'un autre village, et vit désormais avec Ayu, et avec deux enfants, l'un d'un père disparu, le plus jeune avec Jinxi. Deux bandits de grand chemin font brèche au village calme pour en rançonner les habitants et marchands. D'abord témoin involontaire, bien caché derrière le comptoir, il finit par prendre part au combat de manière involontaire et maladroite. On connaît les dégâts que peut causer la maladresse, cf. la scène initiale du film "The party" avec un Peter Sellers lunaire. Les deux bandits y perdent donc la vie, à l'issue d'un combat ridicule. Et Jinxi devient le héros éphémère du village.

Swordsmen (Wu Xia – 武俠)
Réalisé par Peter Chan
Avec Kara Hui, Wu Jiang, Takeshi Kaneshiro
Le passé retombe en pluie fine sur un ancien maître des arts martiaux
Lotus Action Asia - Festival du Film Asiatique de Deauville 2012
Meilleur directeur de la photo / meilleure musique originale et meilleur décor - Asian Film Awards 2012
Meilleur directeur de la photo / meilleure musique originale - Hong Kong Film Awards 2012
Sélection officielle Festival de Cannes 2011



Xu Baijiu, détective analogique inspiré de Sherlock Holmes (ou son incarnation Guillaume de Baskerville du Nom de la rose), vient secouer cette première version. Fonctionnaire rigoriste, pur et blessé, il porte les prothèses de l'homme moderne : costume, montre, lunettes et parapluie. Pour autant, il sait lire les signes ténus. Parcourant le théâtre du combat, analysant des traces à l’œil nu comme un précurseur des techniques de police scientifique, utilisant une connaissance intime du corps humain (mouvements, respiration, points vitaux). Et finit par remettre en question l'inhabilité au combat de Liu Jinxi, en proposant une deuxième vision de la rixe qui avaient causé la mort de bandits plutôt bien armés. Et si ce simple villageois était un maître des arts martiaux ? Xu Baijiu va passer la deuxième partie du film à tenter de prouver cette piste, par l'enquête interne, et surtout en provoquant à plusieurs reprise Liu Jinxi, pour lui faire tomber le masque. 
Xu Baijiu dans la forêt de bambou

Les deux hommes s'opposent graphiquement en apparence, avec pour Liu Jinxi ou Xu Baijiu : vêtements noirs ou blancs ; toile rêche ou costume soigné ; esprit simple (en apparence) ou cortex affûté. Les deux hommes en fait gèrent chacun à leur façon les blessures du passé, l'un par la loi naturelle, l'autre par la loi des hommes, et chacun va faire un bout de chemin vers l'autre, entre la nature et la culture, comme lorsque Liu Jinxi accompagne Xu Baijiu au travers d'une forêt de bambous animée d'esprits, à la recherchant du chemin le plus court vers la ville, chemin qui va allumer l'étincelle du chaos et des révélations sur le passé Liu Jinxi, le tribut réclamé par les liens du sang.
Maurits Cornelis Escher : Night and Day
Film tendre et lumineux (gros travail d'éclairage), avec au final peu de combats (trois essentiellement), ce film parle de rédemption, de justice, d'amour, de filiation aussi, de mémoire et d'oubli enfin. Quelques langueurs, étranges imprécisions et films références (au Sabreur manchot, à A History of violence) plus tard, il reste de ce film cette impression plaisante des boulettes de viande à la menthe. Qui donne à une farce standard (et la viande hachée des traditionnels films martiaux) une fraîcheur et un parfum qui reste longtemps après la friture. 

Il en reste notamment en filigrane le choix de faire de Liu Jinxi un ouvrier dans un moulin de pâte de papier. De l'encre noire et de l'appel du sang (physiologique et métaphorique) gravant le papier blanc. Mais comme on est dimanche matin, je vais plutôt me refaire un café, plutôt que de filer la métaphore qui ferait du livre, du papyrus au vélin, la châsse en produit naturel des choses culturelles et des émotions humaines. Mais faudrait. Le film est sorti en  DVD au printemps. Il en vaut la peine.

Critique : Swordsmen (Wu Xia)
http://www.cloneweb.net/critiques/critique-swordsmen-wu-xia/

Le taoïsme et le confucianisme, deux religions ou deux philosophies ?
http://realite-histoire.over-blog.com/article-35190803.html

Dragon (2012)
http://www.rottentomatoes.com/m/swordsmen/

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