2013/09/21

João Ubaldo Ribeiro : Ô luxure

« S'il arrête l'alcool et les cigarettes, João Ubaldo Ribeiro peut devenir un des très grands écrivains brésiliens d'aujourd'hui » (Jorge Amado)

Ancien professeur de science politique, devenu par la suite écrivain, João Ubaldo Ribeiro s'adonne ici à un cours d'éducation sexuelle à mettre entre toutes les mains. Surtout celles des Mères-la-Vertu et des Pères-la-Morale : tous ceux et toutes celles qui, parce qu'ils n'en ont pas fini avec leurs inhibitions, appellent dépravés ceux qui ont le sexe libre et joyeux, ainsi du personnage central de cet opus-cul, comme dirait Lacan. 
C'est d'ailleurs sur un rêve érotique que s'ouvre le roman, ou plutôt ce long monologue d'une femme de 68 ans se sachant bientôt parvenue au terme d'une vie menée sans complexe ni tabou. Tentant d'analyser son rêve (la maison des bouddhas bienheureux), l'héroïne commence par évoquer un souvenir d'enfance, sans doute le plus marquant d'entre tous : sa première expérience sexuelle avec un petit moricaud de la fazenda de son grand-père. Croustillant. Et puis s'ensuivent les épisodes les plus mémorables d'une libido foutrement débridée : l'initiation progressive, l'exploration des anatomies — en long et en large —, la découverte des plaisirs aussi divers que variés qu'on en peut tirer : homo, bi, hétéro, bête à deux dos, triolisme HHF, FFH... infini est le champ des possibles.

Devenue experte en la matière, mais à présent proche de la mort, si l'héroïne éprouve le besoin de se con-fesser, ce n'est sûrement pas pour se libérer d'un poids, mais simplement pour faire ce qu'elle a toujours fait : céder encore une fois à ses désirs, en arrachant à la vie cette ultime jouissance qui est celle de les bien-dire. Elle le fait en toute franchise, à la Henry Miller, avec beaucoup d'humour, et à mesure que sa parole se délie, le lecteur découvre à son tour des pratiques auxquelles il n'a jamais songé et d'autres auxquelles il s'est toujours refusé, de sorte qu'il se rend compte peu à peu de ses propres inhibitions, piégé par des limites qu'il s'est fixées un jour et n'a jamais dépassées.

Extraits :

Il m'a demandé si, à mon retour, je lui donnerais une chance pour de bon et je lui ai répondu tiens prends un acompte fourre ta main sous ma jupe glisse-la dans ma petite culotte pétris-moi bien les fesses pointe un doigt dans mon sillon, et il s'en est donné à main joie, si vous aviez vu comme il était allumé, il bavait...

Je trouve stupides ou faux-jetons ceux ou celles qui se scandalisent parce que j'ai forniqué, ils ont de ces mots, avec mon frère et mon oncle, sans parler des cousins, beaux-frères et collatéraux. Je me repens de ne pas avoir couché avec mon père, aujourd'hui je le regrette, je suis sûre qu'il aurait suffi d'un attrape-nigaud classique pour y parvenir, lui aussi était normal et je l'adorais et j'aurais parfaitement pu contrecocufier ma mère, ça aurait fait du bien à toute la famille tuyau-de-poêle, même à l'oncle Afonso, qui sait ?

A peine refermée la porte du petit salon du deuxième étage, j'ai foncé sur lui et sans mot dire je lui ai empoigné le paquet, à pleines mains. Passé son haut-le-corps initial et instinctif, il s'est mis à fourrager dans mon soutien-gorge. C'était parti pour une séquence accélérée comme dans les comédies de cinéma muet, mains voyageuses petite culotte qui vole langue par-ci trique par-là pipe haletante cul par-dessus tête soixante-neuf et je te secoue le panais et tu me déplisses la chatte debout assis à califourchon doigts de pied en éventail, ah, si vous aviez vu cette frénésie !

Les femmes, en réalité, ne jettent pas la pierre aux hommes victimes d'un fiasco avec elles, elles sont invariablement compréhensives et même solidaires autant qu'elles peuvent l'être, certaines allant jusqu'à s'accuser d'être responsable de ce bide. Mais une femme vraiment saine aime se faire forer par un outil d'acier. Et le reste n'est que bla-bla-bla pour se consoler [...] Vous pouvez donc écrire : petit a, aucune femme n'aime un sucre d'orge mou ; petit b, excluant les dimensions aberrantes et les non-conformités, toute femme en général préfère un 20x16 qui flatte la vue et les autres sens. Il est toutefois évident que ce qui compte, et compte avant tout, c'est le propriétaire. Si son organe est riquiqui, la femme n'a d'autres ressources que de s'en contenter, même si elle préfère un calibre au-dessus — il faut parfois se satisfaire de ce qu'on a sous la main, même si c'est peu.

Ô luxure, de João Ubaldo Ribeiro, traduit par Jacques Thiériot (2004)
Ed. Le Serpent à plumes, 256 pages

A noter qu'avant d'être traduit en français, Ô luxure est d'abord paru aux éditions Objetiva, dans une collection composée de sept petits livres rouges censés illustrer les sept péchés capitaux que sont :

  • la jalousie (Zuenir Ventura)
  • la colère (José Roberto Torero)
  • la gourmandise (Luis Fernando Verissimo)
  • la luxure (João Ubaldo Ribeiro)
  • la paresse (João Gilberto Noll)
  • l'avarice (Ariel Dorfman)
  • l'orgueil (Tomás Eloy Martínez)

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