2014/12/15

Livres numériques et petites mains

Scanner avec doigtier
Livres hérétiques, de sorcellerie ou obscènes, il y a un Index pour cela. Dans un processus inconscient de sélection darwinienne, l'église sur son Saint-Siège mit en exergue des livres à lire absolument. Dur labeur de la congrégation de l'Index (baptisée en 1571) qui dut se palucher les livres à lecture absolument proscrite,  ceux méritant juste correction (donec expurgetur) ou grosse purge (donec expurgetur). L'Index Liborum Prohibitum vit le jour dans l’œil illuminé du pape népote Paul IV en 1559, sous l'impulsion de la très sainte Inquisition, se confirma avec le concile de Trente, et l'Index survécut et fut mis à jour jusqu'en 1961. Sans jamais y inclure Darwin, va comprendre, Charles.

On sait depuis Le nom de la rose, d'Umberto Eco, qu'In pagina Venenum, que le poison peut être caché dans les pages des livres, que seuls les doigts gantés de Guillaume de Baskerville lui permettent de lire  une Comédie perdue d'Aristote.

Le livre est devenu numérique, digital, et s'il est lu, c'est grâce à d'autres doigts. Ceux-là, couverts de préservatifs, à la couleur de la rose, pourraient opérer un toucher médical, ou licencieux. Ce sont les doigts des petites mains qui scannent anonymement les livres, quelques dizaines de millions, que l'on retrouve au rayon des Google Books, par exemple. Ce sont les petites mains analogiques qui maintiennent un pan de l'économie numérique (voir Amazon: l'algorithme contre le libraire). On imagine les blessures et les mycoses, les allergies au latex. C'est peut-être les mains positives ou négatives de l'art numérique pariétal de demain.


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