2012/10/20

Charles-Maurice Chenu : Totoche


Totoche, prisonnier de guerre (Journal d’un chien à bord d’un tank) est un livre publié chez Plon en 1918, puis réédité en 1935, et devenu quasiment introuvable à ce jour, ce qui est bien dommage. L’auteur, Charles-Maurice Chenu, avocat de profession, a servi tout d’abord dans l’infanterie, puis dans un groupe de chars d’assaut qui n’en étaient alors qu’à leur début.

Dans cette courte fable, tantôt grave, tantôt drôle, mais toujours poignante, le lieutenant C.-M. Chenu prête sa voix à un chien prénommé Totoche. Les phrases de ce dernier sont concises, comme taillées dans le réel, à ras des tranchées, et si elles vont droit à l’essentiel, touchant à la fois le cœur et l’esprit, c’est sans doute que Totoche a les idées plus claires et plus distinctes que la plupart des hommes. Voici donc quelques-uns de ces aphorismes canins réservés à notre seul usage :

« Les sentiments des chiens, en matière de nationalités, n’ont pas l’absolutisme des sentiments humains »

« Au début du rapport, un gradé pousse un cri bref, qui déclenche chez les hommes un prodigieux fracas de talons. C’est ce bruyant entrechoquement des talons qu’on appelle la discipline. Lorsque les hommes ont des sabots, la discipline est magnifique »

« La collectivité déplorait hautement de n’avoir pas donné de coups et les individus se félicitaient intérieurement de n’en avoir pas reçu »

« Vous, au front, vous ne manquez de rien… 
- Il nous manque une distraction : celle de vous y voir »

« Les homards occupés à bouillir à l’américaine perdent leur sang-froid et distinguent mal le mécanisme de l’affaire où ils sont engagés. Le chef, au contraire, a la vue d’ensemble du déjeuner où ils auront leur place et leur rang»

« La vie des autres ne console pas toujours un homme de sa propre mort »

« L’expérience des autres est un objet de curiosité : elle n’est jamais un argument »

Le journal de Totoche n’est pas le récit de guerre le plus marquant qu’il m’ait été donné de lire, mais il est sans conteste possible l’un des plus originaux qui soit. A (re)découvrir, donc...

On trouvera ici une lettre inédite de Jeannine Marcou, la nièce de l'auteur.

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