2014/07/14

ANPéRo : Du jour au lendemain (11/07/2014)

« N'ont-ils n'ont plus besoin d'être défendus ces livres un peu inventifs, au tirage modeste, ces livres qui ne font pas de bruit, sauf dans la vie intérieure des lecteurs ? » (Alain Veinstein, le 4 juillet 2014, pour sa dernière émission)

21ème jour d'été, paraît-il, mais le mercure au plus bas et une grisaille d'automne qui fait irrésistiblement songer au vers de Baudelaire : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l'esprit gémissant... Ouaip ! sale temps pour les mouches et les vieux dinosaures : exit Alain Veinstein ! Évincé, congédié, remercié, foutu à la porte à coups de pied au cul ! C'est brutal et ça fait mal.

Alors quoi, trop vieux, le Veinsteinosaurus ? Bah, pas plus qu'un Jeanneney ou qu'un Levillain, deux septuagénaires au cuir endurci ; pas plus sénile non plus qu'une Michelle Perrot, 86 ans, doyenne de France Culture depuis la disparition de l'antédiluvien et chevrotant Jacques Le Goff. Sans compter les soixantenaires bien sonnés que sont Laure Adler, Jean Lebrun, Colette Fellous, Goémé, Couturier, Finkielkraut... tous restés sans réaction à l'annonce de la mise au rebut du grand frère : c'est égoïste et c'est lâche, ça fait mal.

Alors quoi, trop cher, Du jour au Lendemain ? Une table, deux chaises, un micro HF et cinq ou six salaires pour 35 minutes d'antenne quotidienne : l'argument financier est aussi peu crédible qu'un ancien président affirmant, les yeux dans les yeux mais la main dans le sac, sa plus totale honnêteté. LOL et re-LOL ! Me semble qu'OPDA pouvait très bien rogner ailleurs que sur DJAL : c'est un choix, pas une obligation. Et donc raison d'économie, nenni, mais démago-gogo... et ça fait mal-mal-mal.

Finis les tête-à-tête d'une demi-heure entre Veinstein et ses invités dans l'ambiance feutrée du studio 133... finis les entretiens de minuit où l'on préférait freiner plutôt qu'accélérer et parler plutôt que bavarder... plus jamais sur les ondes ces voix venues d'ailleurs... et cependant si humaines... mais sans doute encore un peu trop ? Bref, elles appartiennent désormais au passé, toutes ces voix du tréfond, au passé et à l'histoire, tout comme les grottes de Lascaux, les toiles de Vélasquez, aussi l'MS-DOS et les disquettes 5"... souvenirs de jeunesse.
Du jour au lendemain s'achève donc avant-hier, mais nous laisse un stock de plusieurs milliers d'émissions que l'on pourra toujours, grâce à la technique, réécouter à loisir, ne nous plaignons pas. Alain Veinstein est parti sur un dernier enregistrement d'homme blessé ou d'enfant puni, c'est pareil. Il nous a quitté en des adieux pathétiques, aux accents parfois exagérément dramatiques et c'est là le hic : il a raté sa sortie. Au fond, je lui en veux surtout pour ce qu'il n'a pas dit et ce qu'il n'a pas fait : ne pas avoir su se montrer plus grand que l'homme qui l'a si lamentablement lourdé, et ne pas avoir relativisé son sort eu égard à d'autres que lui, des précaires eux aussi, mais en beaucoup moins bien lotis — d'autant qu'il est à parier qu'on retrouvera le sieur Veinstein à l'antenne, et probablement avant l'été prochain...

Et l'anpéro dans tout ça ? SU-PER ! comme d'hab'. D'abord le lieu : une librairie si anachronique qu'elle semble elle aussi appartenir davantage au passé qu'à l'avenir. Ensuite sa faune et sa flore, pas très fraîches elles non plus. Faut dire qu'avec une moyenne d'âge frisant la cinquantaine, les anpéristes de l'Entropie ont tous de la bouteille, pardon : de l'ex-pé-rien-ce. Notons par ailleurs qu'un rapide examen clinique effectué sur quelques spécimens attrapés au filet nous révèle :

1) qu'ils deviennent de plus en plus sensibles au froid et à l'humidité, mais ne s'en plaignent jamais.
2) qu'ils ne surveillent ni leur cholestérol, ni leur glycémie, ni leurs transaminases, ni leur etcétera...
3) que leurs facultés mentales sont encore largement supérieures à la moyenne nationale et qu'ils sont toujours très pêchus malgré leur âge avancé.

En conclusion de quoi, la disparition de l'espèce, pour menacée qu'elle soit, n'est pas encore au programme. Et c'est tant mieux ! Parce qu'on a vu à nouveau l'autre soir des mecs épatants et des nanas charmantes : un gargotier, endetté jusque-là, s'étrangler presque de joie à la lecture d'un recommandé qui lui sauvait la mise ; un couple si parfaitement accordé qu'on avait le coeur joyeux rien qu'à les regarder s'aimer ; un moto-guzziste se trancher stoïquement l'index en croyant découper du comté au canif ; un enfant prodigue fêté comme Ulysse de retour à Ithaque après un long voyage... ... ... ... ... 
Oui, on a vu la vie s'écouler en paroles, puis fleurir en chansons et feux d'artifice au milieu d'un milliard de rires :



DU JOUR AU LENDEMAIN

- Vous l'avez écouté la dernière de Veinstein, celle où il fait sa petite conférence ?
- Deux fois !
- Je n'ai pas rêvé, il a bien annoncé sa mort ? Il a bien dit que son éviction allait le tuer ?
- Non, c'est pas ça, il dit : "Je dois renoncer à ce qui a tellement compter pour moi...  que j'ai fini par l'identifier à ma vie".
- Ah ? N'empêche qu'il émane de cette demi-heure d'antenne un petit air mortifère... lugubre... effrayant, quoi !
- C'est parce qu'il en avait gros sur le cœur...
- Quelqu'un a écrit sur un blog que ce n'était pas pareil de l'écouter dans le silence de la nuit et de l'écouter en plein jour, avec le bruit ambiant...
- C'est tellement vrai !
- Le plus intéressant c'est lorsqu'il parle de son art de conduire l'interview, tout en dressant le bilan de 29 années de bons et loyaux services.
- Moi j'ai trouvé qu'il se penchait un peu trop sur lui-même, se racontant en long et en large durant 35 minutes sur un ton à faire pleurer les pierres, c'était beaucoup trop long.
- Il y a même un passage où il parle de choses qui grésillent en sortant de sa bouche, des colonies de fourmis, je crois, c'est assez spécial, oui, oui, j'insiste, Veinstein a parfois un côté Jérôme Bosch un peu terrifiant.
- Heureusement que c'est entrecoupé d'intermèdes musicaux !
- C'est vrai que le mixage était vachement bien fait...
- J'ouvre une nouvelle bouteille ? Monsieur prendra un verre de vin ?



GRANDS ECRIVAINS, GRANDES CONFERENCES

ELLE : C't'aprème j'étais à la maison et j'ai écouté France Cul' en direct-live : les "fâmeuses" grandes conférences des années 50...
LUI : Bien, très bien !
ELLE : Mais c'est affreux ! Oh là là ! En fait, c'est une mentalité de curetons appliquée à la littérature, où celle-ci n'est qu'un prétexte pour donner des leçons de morale avec une psychologie à la con ! Quand on entend ces vieux mandarins ratiocinants et chiants comme la pluie, eh bien on comprend pourquoi les mecs ont fait mai 68...
LUI : Moi, quand j'ai commencé à écouter l'émission de mardi, je me suis d'abord dit : ils ont pris les plus tartignoles et les plus nuls. Mais au bout de 10 minutes je trouvais ça franchement génial. Ah ouiche ! l'émission de mardi elle était vraiment chouette, mais alors avec un ton, un  style, ma pôvre...
ELLE : C'était sur quoi ?
LUI : Je m'souviens plus très bien, mais c'était un grand sujet, peut-être Proust ou quelque chose comme ça... peut-être la Bruyère... ou La Rochefoucauld...
LUI (un autre) : Celle d'hier n'était pas mal non plus. D'abord Louis Jouvet : une belle conférence d'1/2 heure sur le théâtre. Et ensuite : L'art du comédien, par Madame Simone, et là ça vaut vraiment le coup d'écouter ! Surtout la petite séquence où la prof corrige les intonations de l'élève sur la scène 4 des Précieuses Ridicules...



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